Courrier de Seine et Oise, 11 juillet 1941.

Lettre ouverte aux habitants du Vésinet
Par M. Georges Dessoudeix, maire désigné du Vésinet,

Mes chers Concitoyens,
C'est à la fois pour moi un honneur et un devoir, à présent qu'il vient d'être constitué définitivement, de vous présenter les membres du nouveau Conseil municipal que M. le Préfet de Seine-et-Oise a bien voulu désigner, sur mes propositions, pour concourir avec moi à l'administration de notre chère et charmante cité.
Je suis heureux de vous annoncer que j'ai pu ainsi m'assurer la collaboration de mes deux prédécesseurs à la mairie, MM. Thiébaut et Aubrun, et celle de M. Clavery, ancien ministre plénipotentiaire, premier adjoint sortant, qui assura l'intérim municipal aux heures tragiques de l'exode. De même MM. Jacomet, Matthieu et Suzé, les autres adjoints sortants, ont bien voulu continuer à m'apporter le concours précieux de leur expérience et de leur dévouement. [1]
D'autre part, la présence à mes côtés de quatre autres membres de l'ancien conseil, MM. Bertin, qui prit une part importante à l'électrification de l'éclairage public; Girardot, grand mutilé de la grande guerre, président de la section locale de la Légion des Combattants; Heudebert, industriel, combattant de 1940, revenu récemment de captivité en Allemagne et Jourdain, qui, aux heures les plus sombres, n'a cessé de concourir au ravitaillement de la population, ne manquera pas de vous confirmer dans la certitude qu'il n'y aura pas de solution de continuité dans la gestion de vos intérêts et que d'importants projets destinés à compléter l'équipement ou l'embellissement de notre ville qui avaient été élaborés et préparés par le conseil sortant, pourront être repris et réalisés par le nouveau conseil municipal dès que les circonstances et les événements le permettront.
En ma qualité de conseiller sortant, j'ai moi-même pu apprécier dans toute leur ampleur et dans toute leur sûreté les qualités d'intelligence et de coeur déployées par mes prédécesseurs et par mes collègues, et il est naturel que J'aie tenu à m'en inspirer et à m'entourer des avis particulièrement autorisés et particulièrement précieux d'administrateurs aussi avertis. C'est ainsi que j'éprouve un plaisir sincère à pouvoir remercier publiquement M. Thiébaut de continuer à s'occuper des oeuvres d'entraide et de solidarité sociale dont il a été l'initiateur et l'animateur, M. Bertin, président du syndicat des propriétaires, de continuer à assumer la direction de la Défense passive, MM. Jacomet ancien ingénieur en chef de Saint-Gobain, Matthieu, directeur général des établissements Parra-Mantois, Suzé, président de l'Union du Commerce, de continuer à s'occuper activement, ainsi que MM. Clavery, Aubrun et mes anciens collègues, de différentes branches de l'activité municipale qui leur sont spécialement familières.
Par ailleurs, le nouveau conseil va compter désormais des personnalités qui n'y figuraient pas précédemment et qui, avec des titres divers mais égaux, ont bien voulu accepter d'apporter à la gestion municipale l'appoint de leur dévouement.
Conformément aux directives mêmes de M. le Maréchal Pétain et de M. l'Amiral Darlan, une "conseillère" va, pour la première fois, siéger dans notre Hôtel de Ville et prendre part à nos travaux. Il s'agit de Mme Biard, vice-présidente du comité local le la Croix-Rouge. C'est vous dire combien, par son passé tout entier consacré au soulagement des infortunes et des souffrances, cette nouvelle conseillère municipale est qualifiée pour s'occuper de l'enfance et de questions sociales.
De même, le docteur Cazalis, médecin chef d'une grande clinique de notre ville [2], M. Coquard, artisan, M. Pique, ouvrier d'élite, représentant les groupements syndicaux, M. Dusséqué, agent immobilier, sont appelés dans des domaines différents à rendre de grands et utiles Services à la municipalité, tandis que tous les sportifs de notre cité ne pourront que se réjouir de voir entrer à la mairie un de leurs, M. Sandrin, président de l'union sportive. D'autre part, ce sont tous nos chers prisonniers qui voient s'ouvrir devant eux les portes de l'Hôtel de Ville en la personne du lieutenant-colonel Bruyaz, actuellement encore en captivité, mais qui en sa qualité de glorieux combattant des deux guerres va pouvoir être bientôt de retour parmi nous. [3]
Enfin, MM. Jarry et Schiffer, en leur qualité de président et de secrétaire du syndicat d'initiative, trouvent désormais place dans une assemblée où ils pourront collaborer étroitement à toutes les mesures susceptibles d'ajouter au renom d'élégance, de luxe et de pittoresque de notre cher Vésinet, qui mérite d'être de plus en plus la villégiature la plus réputée de la région parisienne. Vous pouvez donc être assurés chers concitoyens, qu'avec de pareils concours, vos intérêts et ceux notre ville ne pourront qu'être bien compris et défendus. [4]

    NOTES

    [1] Une liste d'habitants, plusieurs fois amendée, avait été soumise en avril-mai 1941. Un arrêté préfectoral en date du 30 mai 1941 avait désigné six conseillers municipaux: MM. Aubrun, Clavery, Jacomet, Matthieu, Suzé, Thiébaut.

    [2] La Clinique des Pages, fondée par le Dr Raffegeau.

    [3] La nomination de MM. Jacomet, Jarry, Matthieu et Suzé, comme maires-adjoints est confirmée par arrêté ministériel du 7 juillet 1941.

    [3] Le Conseil municipal s'établit ainsi: MM. Aubrun, Bertin, Mme Biard, MM. Bruyas, Casalis, Clavery, Coquard, Dusséqué, Girardot, Jacomet, Jarry, ,Jourdain, Heudebert, Matthieu, Pique, Sandrin, Schiffer, Suzé, Thiébaut. Le nouveau conseil comptait onze conseillers sortant et neuf nouvelles personnalités proposées par le maire à l'agrément du préfet.

    [4]La nomination de M. Schiffer, alors chargé de mission à la présidence du Conseil, fut appuyée par le ministère de l'intérieur. Il avait lui-même souhaité pouvoir poursuivre la mise en application du règlement d'urbanisme qu'il considérait comme "son œuvre".


Société d'Histoire du Vésinet, 2011- www.histoire-vesinet.org