Jean-Paul Debeaupuis, SHV, 2026.

Maurice Vannier (1901-1945) résistant de la première heure

Fils d’un ciseleur et d'une couturière, Maurice Georges Louis Vannier naît le 2 août 1901 au 6 rue de la Montagne Sainte-Geneviève à Paris 6e.
Marié en 1923 au Perreux-sur-Marne avec Aimée Léthias, ils habitent Sèvres et ils auront trois enfants. Leur fils Georges meurt en bas âge. Le couple divorce (jugement du 21 février 1931, à Versailles) et Maurice va s'installer à St-Germain-en-Laye, 7 rue Turenne, pour quelques mois. De cette période date sans doute son entrée comme Frère de la Loge de la Bonne Foi de la loge du Grand Orient de France de St-Germain-en-Laye. [1]
D'abord dessinateur à Paris, rue d'Hautpoul, Maurice Vannier devient ingénieur (vers 1930) et travaille pour la Société Parisienne pour l’Industrie des Chemins de Fer dont le siège social est boulevard Haussmann. En avril 1938, il devient actionnaire de la société Lunel & Cie, à hauteur de 25.000 frs (environ 10% du capital). Cette société parisienne qui a pour objet « l'impression, la gravure, l'argenture et la décoration sur verre, métal, matières plastiques et toutes autres matières, ainsi que tous articles publicitaires, [en particulier, des sujets religieux] et tout ce qui peut se rattacher de près ou de loin à ces industries » l'avait employé comme dessinateur pendant une dizaine d'années.[2]

L'arrivée au Vésinet
Maurice Vannier apparaît au cadastre du Vésinet en 1930 mais lui et sa famille y ont séjourné bien plus tôt puisque la naissance de Laure, son 3e enfant, a été enregistrée à l'état civil du Vésinet le 5 décembre 1927. [3] La famille Vannier profite d'une vaste opération immobilière, le lotissement des Charmettes. L'opération est très importante, comportant une refonte du découpage des parcelles et la construction de maisons individuelles, en deux phases (deux « groupes »), le premier intitulé « Rond Point du Belloy », portant sur 75.000 m² de terrain (depuis 9 frs le m²), concerne précisément le secteur où s'installeront les Vannier. Un agréable pavillon de style arts-déco, en vogue dans cette période, est bâti au 15 de la rue des Charmettes, une voie privée spécialement tracée pour desservir le lotissement. Celui-ci est un « grand succès » avec 147 nouveaux propriétaires en 2 mois! Parmi ces nouveaux venus figurent un couple d'instituteurs en retraite, M. et Mme Daniel (au 76 avenue du Belloy) arrivés avant 1926 et leurs cousins, Jean et Simonne Trividic, au 24 rue des Charmettes, installés en 1928.
Le 25 mars 1931, Maurice Vannier épouse à la mairie du Vésinet, en secondes noces, la fille du couple d'instituteurs, Marguerite Louise Daniel. Ils auront deux enfants. Le foyer est recensé au 15 de la rue des Charmettes en 1936 mais leur premier fils, Maurice, est né à Charleville-Mezières et le second, André, au Vésinet, au 19 rte de Montesson.[4]

La Guerre
Quand la guerre éclate, Maurice Vannier ne tarde pas à rejoindre la Résistance dans un Mouvement dit « Ceux de la Libération » (CDLL) à l’automne 1940 ; il en sera le secrétaire général de 1941 à 1943. A ce Mouvement appartient aussi Gilbert Védy alias Médéric. CDLL éditera à partir de mai 1943 le journal « Ceux de la libération », qui prendra en juin 1944 le titre de « La France Libre ». Pour l'action, Vannier alias Osier appartient au réseau « Frédéric » un réseau « action » attesté par des sources officielles et mémorielles concordantes qui tient son nom du pseudonyme de son chef, Henri Manhès, dont la capture le 3 mars 1943 conduira à celle de Vannier le lendemain. Il est victime d'un traquenard au Pont-Cardinet (Paris 17e), un lieu peu fréquenté situé à proximité de la gare de marchandises des Batignolles. Pont Cardinet, c'est aussi, sur la ligne de chemin de fer de St-Germain-en-Laye à Paris, la dernière station avant la gare St-Lazare. Vannier y est interpellé le 4 mars 1943 par les Brigades spéciales de la Préfecture de police et emmené dans leurs locaux avant d'être remis aux Allemands. [5]
Emprisonné, puis interné au camp de Royallieu à Compiègne, il est déporté le 22 janvier 1944 à Buchenwald qu’il atteint le 24 et reçoit le matricule 42038. Il effectue sa période de quarantaine au Block 58 du Petit camp, puis intègre le Block 10 du Grand camp. Il est affecté au Kommando intérieur du Holzhof (collecte du bois de chauffage), puis le 17 janvier 1945 au Kommando Häftlingsschneiderei (atelier de couture des déportés) et le 10 mars au Kommando Führerküche (cuisine SS). [6]

Maurice Vannier et sa tombe dans le Carré militaire du cimetière communal du Vésinet

Cliché SHV (2016)

Dans le livre de Pierre Durand Les Français à Buchenwald et à Dora : les armes de l'espoir (1977) on apprend que Maurice Vannier, qui était commandant de réserve, participait à Buchenwald au commandement de la « Brigade française d'Action libératrice » (BFAL), qu'il fut secrétaire général du Comité directeur du CDL (Comité de Libération) mis en place pour coordonner les principaux mouvements de résistance (une trentaine au moins, de diverses nationalités). Il avait pour but d'en assurer la cohésion et l'unité et de préparer les structures qui remplaceraient, du jour au lendemain, l'encadrement SS à la libération.[7]
Le camp est libéré le 11 avril 1945 mais Maurice Vannier meurt le 15 avril des suites de la diphtérie et d'un extrême épuisement.

Le 23 juin 1945, le conseil municipal du Vésinet donnera son nom à la rue des Charmettes où il avait eu son domicile. Son fils André, mineur, sera « adopté par la Nation » suivant jugement du 16 octobre 1947 du tribunal civil de Versailles.
Après avis du Ministre des anciens combattants et victimes de guerre (3 mai 1947) la mention « Mort pour la France » sera portée sur son acte de naissance. [8]
Maurice Vannier sera fait Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume.
Il est inhumé dans le Carré militaire du cimetière communal depuis le 25 juin 1948.

Une plaque de rue pour mémoire ...

Cliché SHV (2016)

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    Notes et sources :

    [1] A Saint Germain en Laye, une plaque: « À la mémoire de nos Frères de la Bonne Foi, soldats de la Résistance, morts en déportation pour la défense de notre idéal » rappelle la mort de six membres de la Loge, cinq en déportation dont Maurice Vannier.

    [2] Les annonces de la Seine, 27 avril 1938 ; Céramique, verrerie, émaillerie. Les Journaux corporatifs français (Paris) janvier 1938.

    [3] Des trois enfants du premier mariage de M. Vannier, la dernière, Laure, née au Vésinet en 1927 (12 rue Albert-Joly), a émigré aux États Unis à Knoxville, Tennessee. A sa mort en avril 2021, le journal local de sa paroisse lui a consacré un long hommage (Index des nécrologies des États-Unis de OldNews.com).

    [4] La rue des Charmettes, voie privée ouverte vers 1921, devenue rue Maurice-Vannier en 1945, est incorporée au domaine public depuis 1984. A partir de 1936, le 15 rue des Charmettes est le domicile attitré de la famille Vannier.

    [5] Daniel Grason, Le Maitron (https://maitron.fr) ; Dictionnaire historique de la Résistance. Éd. Robert Laffont, 2006 ; La résistance française à Buchenwald. Éd. Tallandier, 2005.

    [6] Selon l'association française Buchenwald Dora et kommandos, Maurice Vannier était dans le convoi de 2006 hommes qui partit de Compiègne le 22 janvier 1944 à destination de Buchenwald. Il fit partie du Comité des intérêts français (CIF) de Buchenwald aux côtés du communiste Marcel Paul. Il fit aussi partie du comité maçonnique du camp, une loge nommée « Amicale des barbelés de Royallieu ». Un comité maçonnique formé à Buchenwald compta quatre-vingt membres.

    [7] Pierre Durand. Les Français à Buchenwald et à Dora: les armes de l'espoir (Paris) 1977.

    [8] M. Vannier a été homologué au titre des Forces françaises combattantes (FFC) avec le grade de commandant dans le « Réseau Frédéric » (JORF du 1er novembre 1947) et Déporté interné résistant (DIR). Déclaré « Mort pour la France » le 3 mai 1947.


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