D'après le chapitre « Concerts et promenades » – Michel Nilles, Mémoire de Maitrise, Paris I, 1989 – complétés par des extraits de presse et des notes (SHV). Les débuts en musique de la colonie du Vésinet
Pelouse des Concerts, avenue Centrale autour du lot 77, îlot 5, non encore vendu (angle des actuelles avenue Georges Clemenceau et allée de la Gare). La pelouse des Concerts est très animée grâce à Maury avec le concours des piston-solistes de l'Opéra et des musiciens des théâtres lyriques parisiens. Souvent, on compare dans la presse locale ce prestigieux spectacle à celui des Concerts Musard, qui font alors la renommée du kiosque des Champs-Elysées. Le journal des concerts, Le Furet du Vésinet [2], propose aux visiteurs « descendant à la gare centrale, de se rendre sur le sentier de la rivière,qui part du lac de Croissy. En bas de l'Avenue de la Princesse, l'Asile impérial se détache des coteaux de Louveciennes. La pelouse que coupe la rivière, offre d'autres perspectives aux points de vue boisés. » Le sentier mène au « confluent des petites rivières venant des lacs de Croissy et de la Station du Pecq, dévalant les majestueuses cascades, offre un choix d'itinéraires variés. A gauche, coupant la route de Croissy, il suit un cours d'eau jusqu'au lac Inférieur, où l'on peut passer un gué sur les rochers à fleur d'eau, et d'où l'on peut admirer les machines hydrauliques, sur fond de coteaux. En revenant, on continue sur l'autre rive, devant la maison de Mme Stoltz, par une pelouse jusqu'au lac de la Station, en traversant la route impériale bruyante de pas de chevaux et de roues ferrées. On a un bel aspect du chalet-restaurant, et la possibilité d'une jolie promenade sur le tapis-vert.
Dessin du premier kiosque (1861), la seule représentation que nous en ayons. Le journal de St-Germain-en-Laye, L'Industriel propose à maintes reprises à ses lecteurs de descendre la côte à pied. Le circuit commence par le Tapis-vert, contourne le lac où l'on peut se restaurer, au retour du concert. Il, suit la rivière, passe devant la maison de la chanteuse, et emprunte l'allée des cascades menant au pont rustique sur la pelouse des concerts. C'est le même itinéraire que celui du Furet, mais en sens inverse. Le caractère répétitif de ces articles en fait des « réclames ». Dans les premiers jours du mois d'octobre [1862], par l'heureuse initiative de notre collègue Maury, nous donnions un festival choral et instrumental dans le parc du Vésinet. Un orchestre de 100 musiciens, sous la direction de M. Maury, a exécuté, entre autres morceaux, la Marche du Couronnement, de Meyerbeer, transcrite pour orchestre d'harmonie par notre collègue Paulus un solo de hautbois était joué par M. Boulle, premier hautbois du théâtre-Lyrique, et un solo de flûte par M. Genin, du théâtre des Italiens. Des chœurs d'Adam, d'Ambroise Thomas, de Laurent de Rillé, de Gounod, étaient exécutés par 250 chanteurs de l'Association des Sociétés chorales de Paris et du département de la Seine, sous la direction de leur président, notre collègue Delafontaine. Les commissaires nommés pour cette fête étaient : MM. Thomas, Dufrène, Proust, P. Dubois, Couder, Ermel, Elwart et Deffès. Des promeneurs venant de tous les horizons, se dispersent dans le parc. On les décrit comme essentiellement des gens de la bonne société qui se déplacent « en coupé bleu armorié, en calèche aristocratique, en phaeton », mais aussi en « panier » de campagne. Après les concerts, les auditeurs s'éloignent dans les sentiers boisés, les uns regagnent leurs foyers, les autres s'installent autour des restaurants de la colonie, envahissant les salles et les terrasses des restaurants. Dans ce siècle étrange, entraîné par le tourbillon des affaires, il y avait parfois une étincelle de spiritualisme. C'est ainsi que le dimanche 20 juillet, monseigneur l'évêque de Versailles est venu bénir le nouveau village du Vésinet, bâti par des spéculateurs, sur les débris chèrement vendus d'un ancien parc. La cérémonie était imposante. Une messe en plein air attirait une grande foule. Je dois à la vérité de dire que l'attitude d'une certaine partie du public laissait beaucoup à désirer. A Paris, les masses ont cessé d'avoir cette foi naïve et honnête de nos pères. Il y a toujours des brebis galeuses qui gâtent le troupeau, c'était le germe de la Commune à venir! Voilà pourquoi les processions ne sortent plus dans Paris. C'est une honte pour notre prétendu libéralisme, car la seule raison qu'on puisse donner de cette prohibition peu libérale, c'est qu'on craint les scènes de désordre et de scandale. [4] En 1863, du 19 au 21 juillet la fête qui se déroule sur les places du village et sur la pelouse des concerts connaît un succès encore plus important. Des break-omnibus, amenés de Paris, assurent les excursions dans tout le parc.
La nouvelle pelouse des concerts (1866) Sur les plans, ci-dessus, de la Compagnie Pallu et Cie de 1866 (à gauche), le lieu des concerts avec en son centre le kiosque figuré par une étoile, dans le périmètre délimité par les actuels boulevard des États-Unis à l'Est, allée des Bocages au Nord, et le lac Supérieur au Sud-Ouest. Ce périmètre a été fortement transformé par la suite, d'abord par le découpage en parcelles (à droite) puis, au début du XXe siècle par le tracé de nouvelles voies, l'édification des châteaux d'eau et le morcellement en parcelles plus petites. Les voyageurs, qui descendent à la gare du Vésinet, remontent la rue de l'Église pour devoir admirer l'église en construction. Au-delà de la route impériale, une allée boisée conduit à la pelouse du lac où se sont établis une buvette et un chalet de photographe. Ce dernier fait des prises de vues d'équipages et de villas, ainsi que des portraits. Pour clore la saison, un concert exceptionnel de 100 musiciens enchante les 6000 visiteurs. La course aux ânes divertit indigènes et étrangers élégants, applaudissant du haut de leurs sièges de voitures [...] parmi ces coursiers, un aliboron brun de quatre ans appartenant à Rigaut, propriétaire de la Ferme du Vésinet [5] qui dans six épreuves successives de quatre tours du petit hippodrome de 25 m de circonférence, a constamment aux grandes allures, monté par différents jockeys ruraux en blouse, tenu la tête à ses rivaux qu'il a même dans,une dernière épreuve, entraînés jusqu'à essayer de passer tant bien que mal 4 haies qu'il franchit, lui, comme un véritable cheval de course aussi, le nom de Vermouth lui a-t-il été décerné d'une voix unanime, et peut-on dès à présent, et à raison de dix sous l'heure, se procurer le plaisir de parcourir les immenses méandres du parc juché sur le dos de Vermouth. [6] En juin 1866, le kiosque est transféré définitivement sur l'île du grand-lac, au milieu du jardin anglais. En été, commencent les premières courses de régates sur les eaux du grand lac. « Malgré l'affluence peu considérable du public, au nombre de mille à peu près, pour un après-midi torride, l'épreuve a obtenu un grand succès. Le périssoire devient le jeu le plus époustouflant de la course. » ...
Dès le début des années 1860, alors que la colonie du Vésinet ne compte qu'une vingtaine de maisons habitées et une centaine d'habitants recensés, on organise déjà des événements festifs animés par la musique. Dans les comptes-rendus, le nom de « H. Maury » revient sans cesse, objet d'éloges et de reconnaissance.
Jacques Hippolyte Maury vers 1870 Né en 1834, Jacques Hippolyte Maury s'est révélé un enfant prodige en s'initiant seul à la musique et à la pratique de plusieurs instruments. Son beau-frère, sous-officier de Hussards, fit en sorte de lui faire acquérir à l'armée, comme enfant de troupe à l’École de cavalerie, une formation musicale plus conventionnelle. Âgé de dix ans à peine, H. Maury se produit avec la Musique de son régiment. Remarqué par le duc de Nemours, (fils du roi Louis-Philippe) celui-ci le fait admettre au Conservatoire de Paris en 1845. ... A lire aussi: Les fêtes de la belle époque • Le Vésinet, lieu de fêtes prédestiné • **** Notes et sources. [1] Pelouse des Concerts, avenue Centrale autour du lot 77, îlot 5, non encore vendu (angle des actuelles avenue Georges Clemenceau et allée de la Gare). [2] Le Furet du Vésinet, journal illustré des concerts et des fêtes, paraissant chaque dimanche de la belle saison, en 1862 et 1863. [3] Société des artistes musiciens. La Comédie, n°9, 17 mai 1863. [4] Comte Arthur de Grandeffe, Paris sous Napoléon III. Mémoires d'un homme du monde de 1857 à 1870, A. Chaix, Paris, 1879. [5] il s'agit d'Armand Rigot, exploitant une ferme dans le Village, rue de la Faisanderie (actuelle rue Alphonse-Pallu) à ne pas confondre avec la Ferme du Vésinet sur le territoire du Pecq, développée au XVIIIe siècle par le duc de Noaille puis le Comte d'Artois et détenue aux débuts du Vésinet par le marquis d'Aligre. [6] L'Industriel de Saint-Germain, 5 août 1865. [7] La musique de la garde républicaine en Amérique. Oscar Comettant, La Nouvelle France chorale, Paris, 1894. [8] Gustave Louis Ganne (1862-1923) chef d'orchestre des bals de l'Opéra, fut l'élève de César Franck et Massenet. Il est l'auteur d'airs à la mode (La Czarine, Le père La Victoire) et de ballets représentés au Casino de Paris : les Sources du Nil (1882), Volapück (1885), Fleurs et Plumes (1887), Merveilleuses et Giguelettes (200 représentations, 1894-95), l'Heureuse rencontre (175 représentations en 1892), La Fin du monde (1893), etc. Il contribua à monter des formations instrumentales (fanfares et harmonies) composées d'amateurs et de musiciens parisiens dont son frère Joseph Alphonse Ganne (1859-1932), employé de banque et musicien amateur, assurait ensuite la direction musicale. Parmi elles, au Vésinet, La Société musicale du Vésinet d'où naitra plus tard La Concorde fondée en 1890. Alphonse Ganne était domicilié au Vésinet, 32bis rue Ernest André, en 1892.
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